04.05.2008

Les secondes semaines de Janvier

Ah ces fameuses secondes semaines de Janvier, je sais que vous les attendiez tous avec une impatience non dissimulée… Et on peut dire que celles-ci ont été très longues ! Tant mieux me diront ces autres, il y aura plus de matière à analyser…

Et on commence par l’annonce de libération du cameraman soudanais de la chaîne de télévision satellitaire al Jazeera Sami al Hajj. Il était prisonnier depuis six ans sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba et à sa sortie, il a dénoncé des conditions de détention très difficiles (il a de nombreux hématomes et a perdu 18 kilos) et de nombreuses atteintes à sa religion (l’Islam). L’homme avait été capturé en décembre  2001 à la frontière afghane par l'armée pakistanaise et était accusé outre de trafic d’armes, d’avoir réalisé un reportage sur Ben Laden. Faute de preuves, il était depuis lors détenu sans jamais avoir été inculpé. De nombreuses associations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ou RSF s’étaient mobilisées pour dénoncer cette privation de droits.

Autre sujet plus léger mais à mes yeux tout aussi grave, la diffusion voici quelques semaines  de l’émission « Tout pour plaire » sur RTL-TVI ; ce « divertissement » comme on nous le présente dans lequel on offre à voir des opérations de chirurgie plastique. Ce programme de télé-réalité de la chaîne privée (le directeur des programmes Stéphane Rosenblatt, content de la polémique créée autour de l’émission vu les audiences, nous parle en jouant sur les mots de docu-soap ou d’émission de coaching) est selon moi un appel au voyeurisme et à la trash-TV. Il s’agit purement et simplement de banaliser une pratique chirurgicale dangereuse d’un point de vue physique mais surtout d’un point de vue mental. De plus, fourvoyer (en jouant là aussi sur les termes) les médecins sur le dessein initial du programme et se réjouir des chiffres quand on a offert au public un si triste spectacle est proprement détestable.    

A l’opposé, saluons les reportages de fond réalisés par la chaîne publique (certes ils ont fait moins d’audimat, mais compare-t-on un musée avec un parc d’attraction ? C’est sans doute ça le vrai problème…). « Los Nietos » de la journaliste radio Marie-Paule Jeunehomme sur les fosses du franquisme ou le documentaire de Patrick Remacle qui a suivi la reine de Huy pendant 6 ans (« Anne-Marie Lizin, je voudrais vous poser une question… ») apportent, il me semble,  plus de grain à moudre au téléspectateur. Dans ce dernier reportage, on peut aussi se rendre compte que l’accès à l’information (se rendre à un conseil communal) est parfois refusé manu militari aux journalistes (n’oublions pas que le reporter de la RTBF a aussi été attaqué en justice (140000 euros demandés par les plaignants…) pour avoir dénoncé l’affaire des tracts électoraux). Edifiant…

On peut aussi signaler la nouvelle émission de médiation de la chaîne publique (une des missions éducatives du contrat de gestion de la RTBF). interMédias, puisque tel est son nom, décode (oui je sais le jeu de mot est facile…) en 70 minutes toutes les formes de médias et les différentes connexions entre ceux-ci. Un contenu intéressant et une formule dynamique enrobés par Alain Gerlache. A voir (à la télé) ou à revoir (sur le site de l’émission www.intermedias.be).    

Dans un autre registre, on a pu aussi assister récemment à un chantage détestable à l’égard des journalistes musicaux. En effet, à l’occasion de la sortie du dernier opus du groupe Deus, la maison de disque Universal a, lors de la journée presse prévue à cet effet, imposé la signature d’un contrat, “condition sine qua non à l’interview” du chanteur Tom Barman. Ce document imposait ainsi un embargo aux journalistes (pour que tous les papiers ou sujets paraissent simultanément) sous peine d’une amende de 25000 euros. 2 médias courageux (Le Soir et De Morgen) ont délibérément choisi de le briser pour dénoncer cette pratique et pour qu’un débat s’ouvre enfin sur le sujet. En effet, les agents des maisons de disque prennent de plus en plus les organes de presse pour des passe-plats pour vendre les disques. Or, les journalistes ne sont pas des acteurs d’un plan marketing ; ils veulent pouvoir écouter un album plus qu’une fois avant de se faire une idée (c’est très rarement le cas) ou encore choisir le moment où ils diffuseront leur papier vers le public. L’idéal dans cette affaire aurait été un boycottage collectif, mais l’image de ces 2 journaux osant braver l’interdit démesuré est un geste fort qui marquera les esprits. Tout comme ce cas écorchera celle de Deus ; car le plan marketing est peut-être réussi (même si c’est en mal, on a rarement autant parlé de la sortie d’un album d’un artiste belge) mais le groupe, qui nous avait habitué à bien plus d’humanisme par le passé (Concerts 01/10), est sans doute descendu de quelques crans dans l’estime de ses fans. Pour l’exemple, votre serviteur qui va pour la première fois ne pas acheter l’album des anversois (le télécharger ???) et qui est bien content qu’ils ne soient pas à Werchter les jours où il s’y rend…   

Voilà. Le deuxième chapitre de ces semaines de Janvier se referme. Finalement, des semaines assez normales où les autorités chinoises continuent à mettre en prison des cyberdissidents et à nous faire croire qu’il ne se passe rien ni au Tibet ni sur le parcours de la flamme. Des semaines aussi où un directeur de chaîne annonce la mort d’un animateur et que l’effet boule de neige se propage (Je l’ai entendu à Europe 1 donc c’est que c’est vrai, Je l’ai lu chez Morandini, c’est que c’est vrai. Ainsi de suite…). Des semaines où on ose douter de l’indépendance d’une immense journaliste comme Christine Ockrent dans ce nouveau projet (très décrié) de France Monde. Des semaines où un parlementaire hollandais réalise un petit documentaire sur l’Islam comme ça pour le plaisir de provoquer et surtout de faire parler de lui et de son parti extrémiste. Heureusement, son soi-disant brûlot est bien plus anodin qu’annoncé et les appels au calme lancés par le gouvernement hollandais ont été entendus par la communauté musulmane.

 Des semaines enfin où on débat sur le côté judicieux de l’installation de boîte à ultrasons  anti-jeunes. Des Mosquitos pour faire fuir des jeunes… ? En fait, notre paludisme à nous, c’est la faillite du système éducatif. Et si, au lieu de financer des études pour voir si telle région serait viable en cas de scission du pays, on mettait (enfin !) de l’argent dans les écoles et dans la reconnaissance des profs, on ne se poserait peut-être plus ce genre de questions ridicules…

A bientôt     

03.05.2008

BAGDAD ZONE ROUGE

Cette rubrique sera consacrée à des livres qui tournent autour du grand reportage et que je vous conseille vivement de lire. 

Le premier sera ainsi celui de la journaliste française Anne Nivat "Bagdad Zône rouge" publié chez Fayard. Cette femme pleine de courage va à contre-temps de l'info en s'immergeant complètement dans la population pour nous en ramener le quotidien. Elle avait déjà couvert ce pays à plusieurs reprises ainsi que d'autres zônes dangereuses comme l'Afghanistan ou la Tchétchénie. Dans cet ouvrage, elle sillonne l'Irak dans ce qu'elle appelle la "zône rouge" en opposition à la zône verte, quartier surprotégé dans lequel sont confinés quasi tous les journalistes occidentaux qui se rendent à Bagdad. Un livre essentiel pour déceler la réalité de ces gens pris dans la guerre pour qui la vie doit néanmoins continuer.   

JOURNAL TELEVISE DE LA RTBF

Ce samedi 3 mai au Journal Télévisé de la RTBF, Pascale Bourgaux de la cellule internationale du JT, elle aussi grand reporter, a réalisé un reportage autour de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse. Reporters Sans Frontières a sorti un rapport que la journaliste m’a demandé de commenter.

Ce rapport, qui se concentre cette fois uniquement sur l’Union Européenne, est un complément au rapport annuel sorti par l’ONG de défense des droits de la presse. On y apprend ainsi que, même si la situation sur le territoire de l’Union est plus enviable que dans bon nombre de parties du monde, elle n’est pour autant pas parfaite. Nombreuses sont en effet les menaces, agressions ou autres tentatives d’assassinat (malheureusement parfois réussies).

Ainsi, on apprend dans ce rapport les difficiles conditions des reporters français lorsqu’ils se rendent dans les banlieues pour y couvrir les émeutes. Vols de matériel, véhicules de presse incendiés, agressions physiques (parfois graves)… Autant de méfaits qui poussent les journalistes à travailler le plus incognito possible, à privilégier les reportages en journée plutôt que le soir ou la nuit voire en réalisant leur sujet accompagnés de médiateurs.

En Italie, ce sont les membres des médias qui couvrent les affaires mafieuses qui rencontrent le plus de soucis. En Calabre, en Sicile ou dans la région de Naples, une dizaine de journalistes travaillent (et vivent également) sous protection policière en raison des menaces (lettres anonymes, voitures vandalisées,…).

En Espagne, la menace s’appelle ETA. Le mouvement indépendantiste basque organise ainsi des manifestations devant les médias qui diffusent des reportages dénonçant la violence du groupe. Mais elle passe également à l’action de manière plus radicale en interrompant des reportages à coup de cocktails Molotov voire même en assassinant en mai 2000 le reporter José Luis Lopez de Lacalle du journal El Mundo.

En Irlande du Nord, ce sont les groupuscules paramilitaires hérités du conflit armé entre Catholiques et Protestants qui continuent à menacer les médias malgré la formation du gouvernement d’union.    

On peut également citer les médias danois et suédois qui ont été menacés suite à la publication des caricatures du prophète Mahomet ou encore les exactions commises dans les pays récemment entrés dans le giron européen (Bulgarie, Roumanie, Hongrie, République tchèque ou Chypre).

Enfin, on y apprend aussi que les menaces se font de plus en plus sur Internet, média permanent qui permet de garder longtemps une menace en ligne ou de la réactualiser. Et que les enquêtes ou les procès sensés punir les auteurs n’aboutissent que très rarement ; ce qui laisse un sentiment d’impunité très grand à ceux qui veulent faire taire les journalistes.

Ce rapport est bien sûr disponible sur le site de Reporters Sans Frontières www.rsf.org  

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